TREMBLEMENT DE MER
     

TREMBLEMENT DE MER

L’air s’est tu. La mer comme un miroir qui renvoie le bleu infini du ciel l’a imité, immobile.

Immobilité … équilibre stable d’une nature sans obstacle ? Apparences trompeuses. Car sans mouvement sans vent sans courants, sans Terre qui tourne ni molécules qui s’agitent, la vie n’est pas.
L’équilibre est dans le mouvement, le mouvement de ce qui bouge … et de ce qui demeure immobile.

Le miroir se déforme. Un courant d’air. Un frisson parcourt l’échine de l’océan. Chair de poule. Motifs abstraits. S’effaceront-ils d’eux-mêmes, privés de leur énergie créatrice, ou bien s’uniront-ils pour engendrer la vague, excités par le frottement visqueux de l’air sur leurs flancs, puis peut-être, déchirés par des puissances surhumaines et contradictoires dans un tonnerre d’embruns chargés de sel ?

Le miroir se brise. Un tremblement de mer. L’étrave affûtée d’un navire tranche la surface parfaite et invente à chaque instant un chevron qui grandit se multiplie et se propage en une figure géométrique immuable.

Enfin l’intrus disparaît au-delà de l’horizon outremer. Alors la mer s’apaise et se rassure, immobile, comme un miroir renvoie le bleu infini du ciel.

Bertrand L. , 15 octobre 2018